Ylias Akbaraly, Malgache d’origine indienne, a fait de Sipromad un groupe diversifié. Ses secteurs phares comprennent entre autres l’industrie, l’hôtellerie, l’immobilier, le tourisme et le BTP.

Considéré comme une des fortunes les plus importantes du continent africain, le Malgache Ylias Akbaraly a repris l’entreprise fondée par son père sur son île natale dans les années 70. Et il l’a considérablement développé : en 20 ans, le nombre de ses salariés a été multiplié par 100 ! Un reportage de Réussite.

C’est au premier semestre 2014 que s’achèvera à Ankorondrano – le quartier des affaires et la zone commerciale de la capitale malgache – la construction de la tour Orange, siège du Groupe Sipromad, GS (Société industrielle des produits de Madagascar). Une fierté pour le président du conseil d’administration, Ylias Akbaraly, dont l’ouvrage reste à ce jour le plus haut du sud-ouest de l’océan Indien avec ses 30 étages. Projet phare du Groupe Sipromad à Madagascar, cette tour visible au-delà des banlieues d’Antananarivo accueillera aussi le siège de bon nombre d’entreprises de la place. Souriant, le businessman est fier de nous présenter ce projet « prioritaire ». L’enfant du pays, né il y a 54 ans dans la clinique des sœurs d’Ankadifotsy, même s’il n’a acquis la nationalité malgache qu’en octobre 2001 (il possède aussi la nationalité française), tient à démontrer son attachement à la Grande Ile. Les projets ne manquent pas… « Nous pensons construire quatre hôtels dans le balnéaire, dont deux à Nosy Be, l’île touristique par excellence. » Le moment s’y prête, puisque la Grande Ile tourne la page d’une crise politique – crise qui a anesthésié les investissements directs étrangers (IDE) et locaux. Comment la famille Akbaraly en est-elle arrivée là ? Ylias rend hommage à ses ancêtres, qui ont connu des débuts difficiles.
 
La saga d’une grande famille

Son arrière-grand-père, Merally Manjee Akbaraly, originaire de l’Etat indien du Gujarat, cherchant de meilleures conditions de vie hors de sa terre natale pour assurer l’avenir de sa famille, embarque pour Madagascar en 1918. Il se pose à Belo Sur Tsiribihina, un village côtier situé au sud-ouest de Madagascar, où il devient commerçant. Son sens du business est transmis à son fils, Merally Akbaraly, qui montre un talent remarquable pour faire de bonnes affaires au fin fond de la brousse. Mais, c’est Sermamod Akbaraly, le père d’Ylias Akbaraly, qui, après avoir déménagé pour Antananarivo, fonde, en 1972, Sipromad. Il installe son siège à Andraharo, une zone industrielle, à la périphérie de la capitale. A ses débuts, Sipromad fabrique et vend de la cire à travers le pays, puis se diversifie dans la fabrication artisanale et industrielle de savons et de bougies. 

Le self-made-man Sermamod Akbaraly, soutenu par sa femme Zehra Karmaly, rencontre dans les années 70 un contexte politique compliqué. En effet, le pays connaît une première transition politique, de mai 1972 à février 1975, qui fait la promotion de l’industrialisation, par l’intermédiaire des entreprises de transformation les plus créatrices d’emplois, en valorisant au maximum la production nationale. Le couple fondateur de cette entreprise artisanale s’appuie sur son unique fils, Ylias, et ses filles, Sarah et Sidika, pour consolider l’entreprise familiale. Formé dans les affaires par son père, Ylias suit des études supérieures à l’étranger dans les années 70. Il obtient un master en marketing à l´université de Berkeley, aux Etats-Unis, et un autre à l´Ecole de direction d’entreprises de Paris (EDEP), en France. A son retour à Antananarivo dans les années 80, Ylias Akbaraly travaille dans l’immobilier et intégre la Société immobilière des Mascareignes, qu’il représente à Madagascar. Celle-ci est propriétaire du terrain dit Eileen (Ankorondrano). En juin 1998, Ylias Akbaraly le rachète. C’est sur ces treize ares que se trouve le siège de Sipromad avec la tour Orange, actuellement le siège social du groupe.

L’expansion du groupe

En 1989, Ylias Akbaraly devient président du conseil d’administrtation de Sipromad Participations, puis, entre 1991 et 2012, directeur général du groupe Sipromad. Le virage libéral que prend Madagascar favorisant l’expansion du capitalisme dans le pays, permet aux entreprises locales d’investir dès les années 80. Prônant un management à l’américaine, celui qui est alors le nouveau « boss » du groupe investit à tout-va à partir de 2000. Il s’engage alors dans plusieurs secteurs : l’industrie, le BTP, l’immobilier. Sipromad prend son envol sous la houlette de Ylias Akbaraly, épaulé par les administrateurs de l’époque : sa sœur Sarah Akbaraly (actionnaire de 2000 à 2006), sa femme, de nationalité italienne, Cinzia Akbaraly, le Malgache Afzaraly Mamodhoussen, le Belge Guy Van Ass, sa sœur cadette Sidika Akbaraly – attachée à la direction  – et Mourad Abdirassoul. 

En 2004, Ylias Akbaraly décide de restructurer toutes les filiales, de mettre en place des agences à travers le pays et d’informatiser le groupe. En 2005, une augmentation du capital de 3 milliards d’ariary est décidée – politique qui se traduit la même année par un bénéfice de 61 millions d’ariary. En 2006, le bénéfice du groupe s’envole à plus de 62 millions d’ariary. En 2009, un projet hôtelier est suspendu. En effet, alors que le prince saoudien Al-Walid ben Talal, actionnaire du groupe Kingdom Holding Company (KHC), entend classer l’hôtel 5 étoiles d’Ivato, situé à 20 kilomètres de la capitale, dans une catégorie hôtelière du groupe KHC, un contentieux juridique avec le groupe Starwoods Hotel – signataire d’une gestion des lieux avec le précédent gouvernement – semble inévitable. Le projet est donc stoppé. Aujourd’hui, le groupe familial comprend une vingtaine de compagnies dans divers secteurs (hôtellerie, mais aussi pharmacie, aviation privée…), des participations dans d’autres firmes (Banque des Mascareignes-Madagascar, Brinks Madagascar) et réalise un chiffre d’affaires global de 100 millions de dollars américains! Sipromad entend bien pérenniser son avenir et faire face à l’évolution des changements de régimes à Madagascar. Ylia Akbaraly indique d’ailleurs qu’il compte investir au Mozambique et sur l’île Maurice…

 
Hery Andriamiandra
Source:Forbes afrique du 28 mars 2016.